UMP-les Républicains : les vraies raisons du changement de nom

Nicolas Sarkozy est en passe de réussir sa manœuvre. Le futur intitulé de l’UMP, « les Républicains », qui sera entériné ce samedi lors d’un congrès, vient d’être accepté par la justice. Cette nouvelle marque est avant tout bien utile pour masquer quelques vérités. Puisque les « grands » médias semblent se passionner pour l’événement politique, tout en se refusant à informer sur le fond de l’affaire, un peu de recul est nécessaire pour cerner l’intérêt réel de ce changement de façade.


Par Benoit Delrue.
4 500 mots environ. Temps de lecture estimé : 25 minutes.
 L'horloge du Bilan


Ce mardi, Nicolas Sarkozy vient de gagner une première bataille, devant les tribunaux. Le recours, déposé le 15 mai par le Mouvement républicain et citoyen (MRC, le parti de Chevènement), la Fédération nationale des élus socialistes et républicains, et 143 particuliers, a été rejeté par la justice. Accusée de « privatiser l’idéal républicain », la formation conservatrice se réjouit, par la voix de son trésorier Denis Fasquelle : « aujourd’hui, c’est la liberté qui triomphe ».

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Le monde politico-médiatique se focalise sur la légitimité de Sarkozy à endosser le rôle de chef des Républicains, plutôt que sur les visées profondes qui poussent aujourd’hui l’Union pour un mouvement populaire (UMP) à adopter un autre intitulé. Cette seconde problématique est pourtant des plus intéressantes, et des plus révélatrices sur le fonctionnement politique français. LE BILAN a épinglé les trois raisons sous-jacentes au changement de nom.

1. Faire parler les curieux

C’est sans doute la plus évidente des trois raisons, mais elle relève d’une ficelle des plus efficaces. Depuis maintenant un an, Nicolas Sarkozy fait savoir qu’il souhaite changer le nom de son parti politique. Dès l’automne 2014, « Les Républicains » étaient dans les tuyaux. Dans les coulisses, suivies avec grand intérêt par le Canard enchaîné, des voix ont tantôt pris parti pour le nouvel intitulé, tantôt contre ; récemment, Alain Juppé a fait savoir qu’il n’avait « pas d’opposition » et, le 5 mai, le bureau politique de l’UMP l’a adopté à la quasi-unanimité. Les militants sont appelés à voter sur le nom lors d’un scrutin sur Internet, ces jeudi et vendredi, avant que le congrès du samedi 30 mai n’entérine la nouvelle appellation.

Sarkozy est un fin stratège politique, même si certaines de ses manœuvres – comme l’extrême-droitisation de sa ligne lorsqu’il était aux affaires de l’Etat, sous l’influence de Patrick Buisson – n’apportent pas les fruits escomptés. Après avoir lorgné, sans succès, sur sa droite pour affaiblir le Front National en vue de l’échéance de 2012, l’ancien président opère donc un recentrage apparent de son positionnement politique. Comme François Hollande avec les écologistes, Sarkozy a besoin du soutien des centristes pour espérer l’emporter au scrutin présidentiel de 2017. Quoi de mieux que de se positionner en républicain, avec toute la connotation antifasciste historique du terme, pour symboliser une nouvelle orientation – sans avoir à changer de programme.

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Le débat sur le nouveau nom de l’UMP n’en finit pas de se propager, notamment chez ses plus fervents adversaires, comme le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) Pierre Laurent, qui dénonce un « hold-up tenté par Nicolas Sarkozy sur l’idée républicaine ». Il ne fait aucun doute que la polémique va encore susciter bien des remous, à mesure que le nouveau nom du parti de droite s’imposera dans le décor. Chacun se positionne, qu’il soit engagé politiquement ou au contraire distant. L’avis sur la question, entre accepter l’idée que Sarkozy se pose comme représentant des républicains, ou y voir une manipulation intellectuelle des plus grossières, est facile à se faire, même lorsqu’on n’est pas familier des rouages politiciens.

L’ex-président de la République, qui rêve d’investir l’Elysée une seconde fois, jubile. Fidèle à l’adage de Léon Zitrone, « qu’on parle de moi en bien ou en mal, l’essentiel c’est qu’on parle de moi », Sarkozy se satisfait de la façon dont le débat se polarise, quitte à être sous le feu des critiques. Les Républicains feront parler d’eux, et pourront même progressivement redevenir le centre du jeu politique national devant un PS moribond, garantissant les chances de remporter la prochaine élection présidentielle. Cette focalisation du débat sur l’apparence, le symbole, l’idéal et la légitimité éloigne d’autant plus les analyses de fond.

2. Dissimuler les cadavres judiciaires

Ce qui est formidable avec l’adoption d’un nouveau nom, c’est sa capacité à donner l’impression que « table rase est faite du passé », surtout quand le passé regorge de cadavres dans le placard. En la matière, l’UMP et son président sont les champions de la catégorie « politique » de notre époque. Petit retour sur le panel des sérieux démêlés avec la justice, que l’ancien chef de l’Etat a décidément bien du mal à soustraire à la vue du public.

Financements occultes

La plus vieille des affaires date d’un temps où l’UMP n’existait pas, puisqu’elle s’est déroulée au sein du Rassemblement pour la République (RPR). L’affaire Karachi, du nom de la capitale économique pakistanaise, met Sarkozy en première ligne. Alors ministre du Budget sous le gouvernement d’Edouard Balladur, et investi pour le succès de ce dernier à l’élection de 1995, il aurait activement détourné des « rétro-commissions » liées à des ventes d’armes pour financer la campagne présidentielle. Karachi aurait subi un attentat meurtrier, en 2002, en représailles pour le non-versement de ce fameux pactole. Plus de vingt ans après les faits, toute la lumière n’a pas encore été faite sur une des casseroles les plus brûlantes traînées par l’ex-chef de l’Etat.

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Les autres affaires concernent Nicolas Sarkozy d’encore plus près. Pour sa propre accession à l’Elysée, en 2007, il aurait bénéficié de deux contributions financières importantes des plus litigieuses : de Liliane Bettencourt, par l’intermédiaire d’Eric Woerth, qui aurait régulièrement récupéré des enveloppes de cash chez l’héritière de L’Oréal ; et de Mouammar Kadhafi, plusieurs intéressés ayant fait savoir que des mouvements de fonds provenant de l’Etat libyen sont venus grossir la trésorerie de campagne. Si Sarkozy a bénéficié d’un non-lieu dans la première enquête, tandis que la seconde peine à aboutir, certains se tiennent – non sans raison – aux preuves qui ont été apportées pour mettre en cause l’ex-président. En 2007, celui que tous les médias appelaient affectueusement « Sarko » a joui d’un autre soutien de poids, celui de Bernard Tapie.

Une conduite des affaires très personnelle

L’homme d’affaires de gauche, ancien ministre de François Mitterrand, a appelé à voter pour « Nicolas » au 20 heures de TF1, en avril 2007. Sarkozy le lui a bien rendu : dès son élection, il aurait poussé tous ses subordonnés, à commencer par sa ministre de l’Economie Christine Lagarde, à organiser dans l’affaire du Crédit Lyonnais un nouvel arbitrage favorable à Bernard Tapie. Ce dernier avait acquis en 1990 Adidas, qu’il a revendu à la banque publique en février 1993 pour 315 millions d’euros. En décembre 1994, par le jeu du marché, la firme a gonflé sa valeur et trouve un nouveau propriétaire pour 701 millions d’euros. S’estimant lésé, Tapie va remuer ciel et terre pour obtenir une réparation, qu’il recevra en 2008. A la faveur d’un verdict prononcé par des juges triés sur le volet, l’organisme chargé de gérer les actifs du Crédit Lyonnais (le CDR) est condamné à rembourser 403 millions à l’homme d’affaires, dont 45 millions au titre du préjudice moral. Cette somme est en réalité payée par l’Etat, donc le contribuable. De nombreux économistes et connaisseurs du dossier bondissent à ce verdict, dont les recours seront tous rejetés par le Conseil d’Etat.

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A partir de 2008, Nicolas Sarkozy requiert toujours plus les services des instituts de sondages pour mesurer l’opinion publique et mieux adapter ses discours et actions. Mais la procédure par laquelle l’Elysée choisit les entreprises présente de nombreuses irrégularités, révélées par l’ouverture d’une enquête judiciaire en octobre 2012. L’ « affaire des sondages de l’Elysée » concerne plusieurs millions d’euros qui auraient profité à des instituts appartenant à des proches de Sarkozy ; certains y voient une preuve de la façon, très exclusive, dont l’ancien chef de l’Etat conduisait les affaires du pays. La procédure est en cours.

Bygmalion et Paul Bismuth

Plus proche encore, l’affaire Bygmalion porte sur la campagne menée par Nicolas Sarkozy lors du dernier scrutin présidentiel. Créée en 2008 par deux proches de Jean-François Copé, la firme fournit toute une foule de services nécessaires à la campagne de 2012 – l’organisation de meetings ou l’hébergement de sites internet. Or, elle aurait surfacturé les prestations dans des proportions astronomiques, le Canard enchaîné révélant que certaines peuvent être trouvées « 250 à 1.000 fois moins cher » sur le marché. Tombés dans le rouge, les comptes de campagne n’ont pas été validés par le Conseil constitutionnel, privant le candidat – donc la formation politique – du remboursement de dix millions d’euros. C’est pourquoi le « Sarkothon » a été organisé en urgence, à l’été 2012.

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Enfin, la dernière casserole bruyante aux basques du chef de l’UMP n’est pas des moindres : Nicolas Sarkozy aurait bénéficié d’informations, et même influencé les choix, de l’instance judiciaire suprême de notre pays, la Cour de cassation. Par l’intermédiaire de son avocat Thierry Herzog, et du haut magistrat Gilbert Azibert, l’ex-président de la République aurait eu en temps réel l’avancée des procédures le concernant, pour mieux y trouver des parades. Les faits se seraient déroulés en 2014 notamment, comme l’a révélé le placement sur écoute téléphonique de l’ancien chef de l’Etat. De nombreux observateurs amusés en ont retenu une anecdote, l’emprunt du nom de Paul Bismuth, un pauvre bougre qui n’a rien à voir dans l’affaire, par Sarkozy pour s’éviter de plus gros ennuis avec la justice. Quand l’affaire a éclaté au grand jour, au printemps 2014, alors qu’il préparait activement son retour en politique, le désormais président de l’UMP a bondi : le mettre sur écoute, puis le placer en garde à vue, ne peuvent être que des « manœuvres politiques » selon la rhétorique qu’il a pu dérouler, le soir même de sa sortie de GAV, sur le plateau de TF1.

Se présentant toujours en « victime », qui ne se laisse « pas décourager », Sarkozy dissimule ainsi la gravité des accusations dont il fait l’objet. A priori, la manipulation de la justice semble plutôt de son fait que de celui de l’exécutif socialiste ; pour mieux camoufler cette vérité, il contre-attaque en permanence contre la garde des Sceaux et l’actuel chef de l’Etat. Le changement de nom de l’UMP, pour un intitulé pur, participe à la même manœuvre. Finies, les affaires et les magouilles, qui appartiennent à une ère révolue – telle est la rhétorique par laquelle les représentants des Républicains pourront bientôt s’éviter de répondre des accusations gravissimes portant sur leur formation politique.

3. Donner une impression de nouveauté

Cette dernière raison semble banale, mais il convient de s’arrêter sur le sens des mots. L’impression de nouveauté, favorisée par le changement de forme, induit ici l’absence totale de nouveauté réelle sur le fond. Les Républicains ne font même pas du neuf avec du vieux ; ils font du vieux avec du vieux, en le masquant grossièrement sous un vernis pseudo-moderne. Le fond est pourtant ce qui compte.

Aucun changement réel

Ce qui est frappant dans ce qui paraît être la création d’une nouvelle formation politique, c’est que mise à part l’appellation, strictement aucune modification n’est apportée sur le fond. Nicolas Sarkozy a beau prétendre qu’il a changé, chacun sait que son bilan de dix ans aux affaires, dont cinq à l’Elysée, vaudra toujours mieux pour se faire une idée du personnage que tous ses discours. D’ailleurs, malgré le divorce avec Patrick Buisson, la ligne politique de l’ancien président n’a pas changé d’un iota – et en cette période post-attentats, emmené par ses plus fidèles Christian Estrosi et Gérald Darmanin, il cible encore et toujours l’islam comme ennemie de la République. En voulant obliger tous les enfants des écoles publiques françaises à manger du porc, ou interdire l’accès aux universités de jeunes femmes portant un foulard sur les cheveux, il hystérise jusqu’à son propre camp mais il l’assume. Ces postures discriminantes participent à une œuvre de division du peuple français pour mieux masquer les problèmes structurels de l’économie – tertiarisation et destruction de l’appareil productif national, ou chômage et exclusion de près de dix millions de travailleurs. L’orientation politique suit donc la ligne tracée voici dix ans par le champion de la droite.

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Plus encore, au-delà du programme politique, sur lequel Nicolas Sarkozy est désespérément muet, la nature même du parti ne change pas. La création, en 2002, de l’Union pour une majorité présidentielle, qui deviendra rapidement l’Union pour un mouvement populaire, avait pour objectif de rassembler deux grandes familles de la droite françaises, les conservateurs-libéraux du RPR et les centristes, ex-chrétiens-démocrates, de l’Union pour la démocratie française (UDF). L’union ne fut pas totale, car certains centristes ont refusé de fondre l’UDF dans la droite, notamment François Bayrou ; mais elle correspondait à un changement réel de l’échiquier politique. En 2015, la transformation de l’UMP en les Républicains ne procèdera d’aucune modification sur ce même échiquier. Sarkozy rêverait de voir sa nouvelle formation englober l’Union des démocrates et indépendants (UDI), créée à l’automne 2012 par les centristes quittant l’UMP ; mais l’UDI et son chef, Jean-Christophe Lagarde, sont loin de l’entendre de cette oreille.

Même l’organigramme ne devrait donc pas être bousculé par le congrès fondateur des Républicains. L’équilibre trouvé entre proches de Sarkozy, de Juppé, de Fillon ou de Le Maire, au lendemain de la victoire du premier à l’élection du président de l’UMP fin novembre, devrait être conservé. Laurent Waucquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet et les autres devraient, en grande majorité, garder les mêmes postes qu’ils occupaient jusqu’à présent. Sans doute un petit ravalement de façade sera opéré, comme en témoigne la volonté de Sarkozy de multiplier les scrutins internes en cas de décision à prendre – pour mieux favoriser les propositions qu’il présentera, bien entendu. Mais dans le fond, l’absence de changement est manifeste. Lors du prochain scrutin du pays, celui des régionales en décembre 2015, les candidats présentés par les Républicains auront même été, comme Christian Estrosi en Provence-Alpes-Côte d’Azur, investis par l’UMP ! C’est dire si la transformation, qu’essayent tant bien que mal de nous vendre les proches de l’ex-président et les éditorialistes complices, est minime.

Méthodes venues du privé

En réalité, modifier la dénomination quand aucun changement réel ne peut être mis en avant, est une méthode particulièrement ancrée dans le système actuel. Elle provient avant tout du marché et de la conduite des entreprises privées. Empêtrées dans des affaires ou face à des difficultés économiques, les groupes capitalistes – notamment les plus grands – n’hésitent pas à changer régulièrement d’intitulé. Aujourd’hui, personne ne peut d’ailleurs échapper à la campagne de promotion réalisée par le groupe GDF-Suez, devenu Engie, qui tente lui aussi de faire croire à du neuf.

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Les complices mêmes de ces ficelles lourdingues donnent l’explication de la manœuvre. Interrogé par Le Figaro, Cyril Gaillard, fondateur du cabinet Benefik, qui « conseille les entreprises dans le choix de leur nom », est fin connaisseur. « Trois raisons principales » conduisent, selon lui, les entreprises à adopter un nouveau sobriquet : « une fusion entre deux entités, un conflit juridique ou une volonté de changer d’image ». Dans deux cas sur trois, l’entreprise ne présente strictement aucune nouveau dans sa production, son fonctionnement, sa raison d’être ; mais elle souhaite se dépêtrer de l’image qu’elle traîne, abîmée par ses propres fautes, pour s’offrir une nouvelle virginité.

Changer l’image de marque, telle est la raison principale qui conduit à échanger son nom pour un autre. Dans le privé, tous les grands groupes ont recours à cette pratique, à commencer par les entreprises nationales privatisées (ou sur le point de l’être) : France Telecom devient Orange, la Compagnie générale des eaux devient Vivendi, les PTT deviennent la Poste, et ainsi de suite. Pour se recentrer sur le marché du luxe, le groupe Pinault-Printemps-Redoute devient Kering – en effaçant, heureux hasard, le nom de son propriétaire capitaliste de son intitulé.

A chaque fois, c’est le positionnement sur le marché qui est revu, par un processus relevant du marketing – mieux définir sa cible, y adapter son discours, promouvoir une marque plus attractive. Les produits peuvent rester tels quels : tant que la nouvelle appellation y est apposée, ils auront l’air neufs. C’est exactement le même procédé qui est appliqué dans le monde politique aujourd’hui, où les gouvernants se limitent toujours plus au seul rôle de communicants. Les partis se positionnent, travaillent généralement leur marque bien davantage que leur programme. C’est le triomphe des règles du marché, jusque dans la gouvernance des Etats ; et tout le monde semble prendre part à ce jeu de masques.

Analyse du procédé :
Manœuvres politiciennes et réalités politiques

Pour sa défense, l’UMP n’est pas la seule à procéder au changement de marque. Bien d’autres formations politiques tentent de se trouver une seconde jeunesse en procédant à une modification de leur image, généralement concrétisée par un nouveau nom – qu’il s’applique au parti ou aux listes électorales.

Personne n’y échappe

Le Parti socialiste ne contournera pas le phénomène ; appelé ainsi dès 1969 et fondé en tant que tel en 1971, par la fusion de la SFIO, du PSU et d’autres groupuscules de gauche, le PS se cherche une nouvelle façade face à une côte de popularité qui plonge dans les abysses.  Jean-Christophe Cambadélis, après avoir organisé les « états généraux du parti socialiste » à l’automne dernier, a ainsi intitulé sa motion le « renouveau socialiste ». A l’intérieur de la formation, les dirigeants sont de moins en moins attachés à la référence au socialisme, jugée désuète par un nombre grandissant de responsables. Il y a fort à parier pour que le PS se trouve un nouveau nom, non pas d’ici 2017, mais entre 2017 et 2022. Que François Hollande soit réélu ou échoue au scrutin présidentiel, ceux qui prendront la suite voudront rafraîchir la vitrine du parti. Or, le mouvement majoritaire est désormais du côté de Manuel Valls, qui ne cache pas son intention d’abandonner les vieilles appellations au profit d’une dénomination plus « moderne ». Les derniers défenseurs du socialisme, réunis notamment lors de la fronde parlementaire, composent aujourd’hui une force résiduelle dans le PS et pousseront, autant que leurs adversaires internes, à la transformation – probablement la scission – de leur vieille organisation.

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De son côté, le Front National jure la main sur le cœur qu’il n’abandonnera pas son nom, mais la volonté de rompre avec le passé incarné par son père est désormais clairement affichée par Marine Le Pen. Déjà, à partir de 2014, les listes présentées aux scrutins – municipal notamment – portent non plus le sigle FN, mais RBM pour « Rassemblement Bleu Marine ». La chef du FN ne se tentera sans doute pas à un revirement avant 2017, mais au cas très probable où elle n’est pas élue, elle opèrera nécessairement un repositionnement marketing, avec son ami énarque Florian Philippot, pour continuer l’œuvre de « respectabilité » qu’elle entend donner à sa formation.

Au centre, l’UDI a été créée voici tout juste deux ans et demi, nous l’avons vu plus haut, tandis que François Bayrou a cherché à transformer l’UDF suite à son bon score de 2007, en le renommant Mouvement démocrate, ou « Modem ». A l’heure où les box Internet ont investi les foyers, l’appellation semblait appartenir au passé avant même d’être intégrée par les Français ; et jamais le chantre du « milieu » n’est parvenu à faire décoller son parti dans le paysage politique, perdant même deux places lors du scrutin présidentiel de 2012. Depuis, avec l’UDI alors présidée par Jean-Louis Borloo, il a cherché entre 2013 et 2014 à créer un rassemblement, l’Alternative, dont l’objet réel n’a jamais été connu – si ce n’est la création de conditions permettant l’élection de Bayrou à Pau, par le soutien de l’UMP. L’image de son parti, moins indépendante que girouette, connaîtra sans doute possible un ravalement prochain.

A gauche, les formations ne sont pas en reste de ces repositionnements marketing, malgré leur aversion affichée pour le capitalisme. Le grand (sic) partenaire du PS, Europe-Ecologie-Les Verts, n’a été fondé qu’en 2010 par une tentative poussive d’élargir le microcosme des Verts. Si certains tiennent à la forme de ce parti, dont son actuelle responsable Emmanuelle Cosse et l’ex-ministre Cécile Duflot, nombreux sont les pontes qui se montrent fatigués de son « gauchisme », François de Rugy et Vincent Placé en tête. Ces derniers cherchent d’ores et déjà à créer dans les prochains mois une nouvelle formation politique avec Jean-Luc Bennahmias, transfuge du Modem, pour participer au dernier gouvernement de François Hollande avant un très probable changement de majorité. De l’autre côté, les trotskistes de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ont carrément intégré le Nouveau dans leur nom, pour intégrer sur l’aspect moderne du parti anticapitaliste (NPA). La sauce n’a pas prise, mais la tentative était louable, tant elle correspondait aux normes capitalistes.

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Enfin, même le Parti communiste français, qui existe pourtant depuis 1920, recourt à l’adoption de nouvelles façades. Depuis fin 2008, il est le fer de lance du Front de Gauche (FdG), coalition électorale que beaucoup au sein du PCF souhaitent transformer en parti à part entière. Ses principaux partenaires, le Parti de gauche ou le mouvement « Ensemble », ont tous été formés très récemment. Quant à son porte-parole, Jean-Luc Mélenchon, il a à peine eu le temps de profiter de ses quatre millions de voix lors du scrutin de 2012 pour déjà regarder vers un nouveau mouvement. Prenant ses distances avec le FdG, il est depuis l’automne dernier à l’initiative du Mouvement pour la sixième république (M6R), à ne pas confondre avec la Convention pour la sixième république d’Arnaud Montebourg. Pour mieux redorer l’image de la vieille gauche, Mélenchon et ses conseillers ont opté pour le jaune, dont les nuances sont omniprésentes dans cette nouvelle formation qui se veut « participative ».

Le fond de l’affaire

Tout ce jeu de positionnement peut donner le tournis, plus encore si l’observateur s’intéresse aux sous-courants, aux micros-partis et aux demi-motions de tous les partis composant la vie politique nationale. De plus en plus, les formations cherchent à se donner une image qui engloberait tous les Français, qui nous mettrait tous d’accord, qui réconcilierait les chats avec les chiens et les souris. Mais tout ce cirque ne pourra jamais dissimuler totalement la réalité profonde de la gouvernance des Etats modernes.

La France et les pays du monde contemporain sont, d’un point de vue civilisationnel, moins définis par leur structure politique que par l’infrastructure économique. Laisser la production nationale aux agents privés qui composent le marché est un fait nouveau dans l’Histoire de l’humanité, qui correspond à l’avènement du capitalisme et à l’essor des « démocraties » modernes. Les Etats sont désormais gouvernés, non plus par des rois de haute lignée, mais par des représentants délégués, élus ou nommés pour des mandats relativement courts. Ce qui semble être, et a été, un progrès extraordinaire du point de vue de l’égalité sociale, souffre de la réalité économique de nos nations.

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Si les dirigeants de l’Etat sont élus, ils n’ont en réalité qu’une prise minime sur la conduite de leur pays. Ce qui décide, avant toute chose, du dessein d’une société est l’organisation de la production économique : qu’est-ce qui est fabriqué et transformé, en quelle quantités, quels secteurs sont privilégiés pour aujourd’hui et pour demain, comment la production s’organise. A toutes ces questions, c’est une classe sociale spécifique qui a le dernier mot : celle qui possède les plus grandes quantités de capitaux, et qui forme socialement la haute bourgeoisie. D’autres classes sociales bien distinctes existent, même si leur identité est volontairement dissimulée par un système dont la production médiatique et littéraire est aux mains de la caste dominante : la petite bourgeoisie – les petits patrons, artisans, commerçants, professionnels libéraux qui ont un capital suffisant pour tenir leur propre affaire ; la classe intermédiaire – les cadres et dirigeants de l’Etat et des entreprises, qui font tourner les affaires pour le compte des grands propriétaires bourgeois ; la classe ouvrière enfin, largement majoritaire dans le peuple français, qui œuvre par sa force de travail à la production nationale de richesses – et s’en voit dépossédée, tout en étant maintenue hors de tout pouvoir économique par le confinement à un poste de production précis.

La question des classes sociales ne vient pas comme un cheveu sur la soupe, elle est la clé supérieure à la compréhension des mécanismes du monde moderne, qu’ils soient financiers, économiques ou en l’occurrence, politiques. Car avant d’incarner telles ou telles « valeurs », les partis politiques sont avant tout définis objectivement par rapport aux intérêts de classes qu’ils défendent. La droite est historiquement, en tant que force conservatrice du maintien de l’ordre hiérarchique, la représentante des intérêts de la bourgeoisie – en premier lieu de la haute. Contrairement à l’idée reçue, la gauche est loin de se définir par sa défense des intérêts des classes exploitées ; par contre, tous ceux qui défendent les intérêts de la classe ouvrière se sont généralement positionnés à gauche, dans une polarisation définie sur les questions de société (le rapport à l’école et à la religion notamment). Aujourd’hui, en voulant « ouvrir » et « libérer » l’économie, c’est-à-dire en débarrassant le patronat des « contraintes » imposées par les conquêtes ouvrières du siècle dernier, PS et UMP rivalisent pour le titre de meilleur représentant des intérêts des élites. A contrario, alors qu’elle existe toujours bel et bien dans son rapport de production (qu’elle travaille dans l’industrie ou le tertiaire d’ailleurs), la classe ouvrière n’est plus nommée par personne, pas même par le PCF. Dès lors, ses intérêts sont mal défendus, voire écrasés au profit – même à gauche – d’une volonté d’incarner un « intérêt de tous les Français » nécessairement fantasmé.

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Plus le prisme des classes sociales est effacé par les analyses fumeuses des éducateurs, statisticiens et autres pseudo-experts, plus les partis politiques peuvent faire fonctionner les ficelles du marketing. Les Français sont résumés à un vaste marché de l’opinion, dans lequel le positionnement des uns et des autres permettra de prendre l’avantage. La nouvelle marque, le nouveau logo, la nouvelle couleur apparaîtra, chez les citoyens eux-mêmes, comme un symbole de renouveau attendu, et poussera nombre d’entre eux à éprouver de la sympathie pour la formation politique qui l’arbore. Pendant ce temps, soixante-sept milliardaires français détiennent avec leur famille l’essentiel de l’économie nationale, via les banques, les producteurs agricoles, les industries, les magasins et les éditeurs ; pendant ce temps, près de dix millions de Français sont exclus du marché du travail légal. Et les préoccupations immédiates des politiciens nombrilistes apparaissent dans toute leur vacuité.

L’UMP se transforme en les Républicains, et parvient à focaliser l’attention sur la légitimité – ou non – de Nicolas Sarkozy à incarner l’appellation. La ficelle consistant à changer d’image de marque est vieille comme le capitalisme, et force est de constater que personne n’y échappe dans le monde politique actuel. Relevant d’un vulgaire plan marketing pour mieux tromper les Français, enterrer les cadavres judiciaires et les défaites passées, pour mieux ne rien changer à la vie politique nationale, ne rien soulager aux plaies béantes de notre société. Les problèmes réels vécus par les travailleurs de notre pays méritent beaucoup mieux que la soupe servie par les élites politico-médiatiques ; mais le chemin est encore long avant que les Français s’en rendent compte.

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3 réflexions sur “ UMP-les Républicains : les vraies raisons du changement de nom ”

  1. Est-ce que les Republicains et l’ump son juridiquement la meme personne? (le meme numero d’enregistrement, date de fondation etc.)
    Si non le terme meme de changement de nom est un monsange qui prouve l’empleur de la propagande politique en france et des monsanges aux francais.

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