Le président Hollande a-t-il trahi ses promesses de candidat ?

C’est devenu un leitmotiv chez tous ceux, à gauche, qui portent un regard critique sur l’action gouvernementale. François Hollande aurait dévié de ses engagements de candidat. Certains, non sans faire étalage de leur propre naïveté, n’hésitent pas à qualifier son comportement de renoncement, voire de trahison. La différence entre le candidat et le président est-elle réelle ?


Par Benoit Delrue.
3 800 mots. Temps de lecture estimé : 20 minutes. L'horloge du Bilan


Autant calmer les ardeurs d’emblée, ce débat n’enflamme pas vraiment les Français. Au-delà du PS, d’EELV, du Front de Gauche et de leurs proches sympathisants, rares sont ceux qui se posent cette question ou pour qui la réponse change vraiment leur regard sur la conduite de la France. Mais la problématique mérite qu’on s’y penche le temps d’un article pour deux raisons. D’abord parce que l’étudier sérieusement donne des éléments instructifs sur le système politique français. Ensuite parce que les microcosmes militants se passionnent pour elle, et il est intéressant de voir si c’est à tort ou à raison. « Lui président » est-il différent de « lui candidat » ? Bien sûr, mais qui en doute une seconde ?

En campagne, l’image prime toujours sur la ligne

La différence est réelle et elle ne nécessite nullement un examen de la politique de l’exécutif actuel pour être constatée. Elle est un fondement du système présidentialiste qui régit la France depuis 1958 et plus encore depuis 2002. A l’instar de la démocratie américaine, l’essentiel du pouvoir politique repose sur un homme – ou une femme, mais ce n’est étrangement jamais arrivé – élu au cours d’un scrutin auquel sont conviés tous les citoyens. La campagne pour désigner l’essentiel du pouvoir politique dans le pays est donc centrée sur un individu. Et c’est d’ailleurs en fonction du bon teint du candidat et de la sympathie qu’il suscite que la plupart des électeurs font leur choix, bien davantage que sur la position dudit candidat sur la façon dont il « assainira les finances publiques ». Bien sûr, ne prenons pas nos concitoyens pour des imbéciles : il se trouve toujours un ou deux thèmes, une ou deux réformes qui accrochent leur intérêt et suscitent l’approbation ou, plus souvent, la désapprobation. Mais c’est plus souvent une impression générale, dans laquelle se mêle regard affectif et ressentiment politique, qui pousse la grande majorité des électeurs à faire leur choix.

Aucun observateur sérieux ne peut d’ailleurs affirmer qu’en 2012, les électeurs ont voté pour François Hollande. Une majorité a voté contre Nicolas Sarkozy, ses gesticulations, son omniprésence médiatique et ses tentatives d’instrumentalisation à chaque fait divers. En outre, la majeure partie des Français ont vu leur niveau de vie stagner ou baisser sur les cinq années qui venaient de s’écouler. Si la crise financière puis économique était passée par là, cette absence de progrès était imputée à la présidence Sarkozy, et lui était imputable tant l’homme se vantait d’agir sur toutes choses. Dès lors, l’issue du scrutin de 2012 ne fut une surprise pour personne. Le moindre âne flanqué d’une étiquette PS avait toutes ses chances tant le président UMP avait engrangé un tel mécontentement contre lui. A ce titre, même un amateur de pari risqué n’aurait pas misé un sou sur Hollande, avant l’élimination inattendue de Strauss-Kahn de la course présidentielle. A un an de la présidentielle, l’autoproclamé « candidat de la jeunesse » de 56 ans, renommé « Franky Coffeeshop » par Didier Porte, était alors raillé de tous, pendant que « DSK » concluait un pacte de pouvoir avec Aubry. Une situation opportune se présenta finalement à Hollande, qui fut à la primaire le plus apte à remplir le vide et à passer des deals avec ses concurrents – ce que Martine se refusait à faire désormais. Une fois candidat du PS, l’homme garda sa ligne de conduite : passer des compromis, s’entourer de ses anciens adversaires comme Valls devenu son dircom, avancer prudemment mais sûrement et finalement susciter chez les Français davantage de sympathie et de confiance que ne le pouvait Sarkozy. La petite histoire de l’ascension au pouvoir de François Hollande est elle-même un révélateur d’un système dans lequel le récit personnel prime toujours sur l’Histoire collective. Par extension, l’image du candidat prime sur sa ligne réelle. S’il existe des électeurs qui peuvent en 2015 citer de tête cinq des soixante engagements du candidat Hollande, ils sont une espèce rare. Par contre, tout le monde se souvient du régime de François en début de campagne et de son insupportable anaphore. Si ce phénomène est surtout vrai chez les électeurs les moins proches de l’engagement politique, il reste fort chez les adhérents eux-mêmes. Finalement, le sentiment de trahison qui réside aujourd’hui chez certains militants et sympathisants de gauche provient de souvenirs qu’ils ont gardés de la campagne de 2012. Des souvenirs qui reposent toujours davantage sur une image de l’individu que sur son programme précis, tant la campagne présidentielle elle-même se focalise sur la première.

Le système oblige à l’hypocrisie

Revenons un instant sur les deux dates fondatrices de notre régime politique, 1958 et 2002. La première voit l’adoption de la cinquième République. Le pouvoir exécutif y est concentré sur le président, qui choisit le Premier ministre et le gouvernement et s’implique quotidiennement dans la conduite des affaires de l’Etat. Conçue par le général, devenu saint à sa mort, « la cinquième » marque une rupture avec les troisième et quatrième républiques dans lesquelles le pouvoir exécutif est détenu par le gouvernement, lui-même émanation du Parlement. La seconde date signe l’entrée en vigueur du quinquennat, qui aligne le scrutin présidentiel avec l’élection législative. Ainsi, l’Assemblée nationale est systématiquement de la même couleur politique que le président et ne risque pas d’en changer durant toute la durée du mandat de ce dernier. Les aspirants députés du parti du chef de l’Etat sont même depuis flanqués de la mention « majorité présidentielle », démontrant s’il le fallait que la majorité politique appartient à un homme, et non l’inverse. C’est également en 2002 qu’est constituée l’UMP, par la fusion du RPR et d’une UDF bien affaiblie, tandis que l’électorat communiste s’était fait vampirisé par le PS, l’abstention et le FN. Si ce dernier fait une incursion au second tour de la présidentielle, il est et restera largement minoritaire chez les électeurs et il ne reste plus que deux partis de pouvoir. C’est le triomphe du bipartisme.

Au scrutin majeur, qui permet donc de devenir immédiatement et pour cinq ans l’homme politique le plus puissant du pays, tous les coups sont permis. Surtout si le candidat est celui d’un des deux « grands partis ». Après avoir gagné l’investiture, au terme de décennies d’engagement et de positionnement politique, aucun homme politique à une marche du pouvoir ne laisserait sa route entravée par une question d’image. A mesure que les Français se désengagent des partis et se désintéressent de la politique, leurs aspirations politiques sont moins idéologiques, partisanes, cohérentes, et davantage morcelées, basées sur le sentiment, ciblées sur une poignée de sujets estimés plus importants. Qu’importe. Notre époque voit le règne de la communication, et les dirigeants du PS comme de l’UMP adaptent leurs discours en fonction des perceptions et des envies des Français eux-mêmes, évaluées quotidiennement par des sondages. Quelle que soit sa conviction profonde et quel que soit ce qu’il imagine être son futur exercice du pouvoir, ses propositions en tant que candidat colleront aux aspirations du moment. Si les sondages de son électorat montrent une volonté franche d’aller dans un sens, le candidat ira dans ce sens. La ligne politique d’un candidat est donc le produit des aspirations de l’électorat qu’il cible, bien davantage que le produit de ses convictions profondes. Il n’est pas question ici de juger moralement mais d’analyser les faits : notre système politique oblige les principaux candidats à l’élection présidentielle à l’hypocrisie. Toute leur carrière s’est faite en direction du pouvoir, et la fonction présidentielle concentre plus que jamais l’essentiel du pouvoir politique. C’est donc la règle, et dans le cas des candidats du bipartisme, elle ne souffre d’aucune exception. Qui peut d’ailleurs dire avec certitude quelles sont les convictions profondes de François Hollande ? L’opportunisme semble avoir guidé tout son parcours politique, et il a fait œuvre de synthèse bien plus que de production idéologique dès lors qu’il s’est trouvé en responsabilité.

Des engagements non tenus ? Mais si !

En tant que candidat socialiste à l’élection présidentielle, Hollande n’a pas choisi la difficulté. Face à un Sarkozy qui avait pris pour habitude d’hystériser autour de lui, il fit campagne d’abord sur une « présidence normale », une « république exemplaire », une façon moins violente d’exercer le pouvoir. C’est d’ailleurs l’objet de son anaphore au débat d’entre deux tours. Néanmoins, comme tout bon candidat, Hollande et son équipe ont élaboré des propositions dans tous les domaines, formalisées par les fameux 60 engagements. Ceux qui ont précieusement gardé le livret depuis 2012 pour y trouver aujourd’hui une trace de trahison se trompent. Ils sous-estiment à la fois le caractère hypocrite de la campagne présidentielle, et à la fois l’habileté de l’homme politique. La plupart des engagements sont formulés de manière à autoriser une large interprétation ; et dans chacun d’eux, le point central lui-même peut être interprété sans problème comme étant la juste prévision de la politique conduite par le président socialiste. Ce dernier est d’ailleurs assez sûr de lui pour avoir expressément demandé au PS de garder, sur son site internet, le PDF du livret des soixante propositions. Il est donc consultable par tous.

Conformément au premier engagement, une banque publique d’investissement a bien été créée. Comme le proposait le septième, une loi visant à une meilleure « séparation » des « activités » d’investissement et des opérations spéculatives ont bien vu le jour. Ceux qui ont interprété l’engagement 7 comme une séparation des banques elles-mêmes ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Dès son arrivée à l’Elysée, il a baissé de 30% sa rémunération et celle des ministres et il a rapidement rendu au CSA le pouvoir de nomination des responsables de France Télévision et Radio France. En respect du onzième engagement, Hollande a « renégocié » le traité européen de stabilité, en échangeant sa signature contre un plan d’investissement européen. Il a également « proposé » à ses « partenaires » européens un « pacte de croissance », dont on peut juger qu’il a été au pire refusé, au mieux transformé en plan Juncker. Comme chacun sait, l’engagement d’ouvrir le mariage civil aux personnes de même sexe a été tenu. La « grande réforme fiscale » proposée, à savoir la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, aura bien lieu à l’automne 2015. Sur la « sécurisation de l’accès aux soins », le président va même plus loin que le candidat avec la généralisation du tiers-payant.

Esprit différent, ligne conservée

Souvent, ceux qui soutiennent que le président Hollande a lâché ses promesses de campagne appuient leur affirmation sur le discours du Bourget, prononcé par le candidat le 22 janvier 2012. Le fameux « esprit du Bourget » serait un marqueur, prouvant à quel point le chef de l’Etat socialiste s’est « éloigné » de tout ce pourquoi il s’était engagé. Au regard de ce que nous a enseigné l’étude, même brève, de notre système politique, il ne fait absolument aucun doute qu’un candidat à la fonction suprême et un président en plein exercice, fussent-ils le même homme, ne peuvent en aucun cas partager le même « esprit ». Quel que soit l’individu qui habite la fonction, le président de la République est dans un esprit de dirigeant quand le candidat est dans un esprit de serviteur. Le président est dans un esprit de tension, d’influence et de manœuvre inhérent à la conduite quotidienne de l’Etat ; le candidat, concentré sur sa campagne, sur sa personne et son image, est dans un esprit de séducteur.

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Hollande, Valls et Macron le 18 février, jour du recours au 49-3.
En bannière : le candidat Hollande prononce son discours au Bourget.

Le président Hollande, quand il apparaît, affiche presque toujours une mine grave, une posture solennelle, cherchant également à rompre avec sa bonhommie que lui avaient toujours attribuée les politologues de tous poils. Le candidat était dans la complicité, dans la connivence, une posture renforcée par son argument de normalité. Au Bourget, il donnait du « chers amis », devenant intime, évoquant ses parents, affirmant qu’il « n’aime pas les honneurs, les protocoles et les palais ». « Je vais vous confier mon secret, ce secret que j’ai gardé depuis longtemps : j’aime les gens. » Cette phrase résume parfaitement l’esprit du Bourget. Cet esprit est moins une ligne politique qu’une image d’homme simple et proche du peuple. Mais bien entendu, ce n’est pas cet extrait qui est resté le plus dans les mémoires, mais le suivant. « Je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »

Son adversaire, le monde de la finance

Ce passage a forcément marqué les esprits car il tranche avec l’image d’un candidat gentil avec tous, sauf avec Sarkozy. Il tranche également avec la ligne politique modérée que l’homme politique a toujours eue, tant il semble qu’il aurait pu être signé par Jean Jaurès ou Karl Marx lui-même. Semble seulement, car cela reste parfaitement du Hollande dans l’esprit. D’abord en raison de l’extrait lui-même : ce n’est pas un « ennemi » mais un « adversaire », terme moins fort admettant une possible expiration du statut. Tant qu’il est adversaire, il rentre en contradiction avec la volonté du sujet mais il n’est pas plus ennemi qu’ami. Et si la conjoncture suivante se prête mieux à la réconciliation, un adversaire pourra devenir un ami. Second terme révélateur : « le monde de la finance ». On entend ce qu’il signifie, il renvoie aux « marchés financiers », aux « acteurs spéculatifs ». Mais si nous nous y penchons sérieusement une seconde, il est évident que la désignation est on ne peut plus floue. Qui est concerné ? L’ensemble des entreprises du secteur de la finance, qui assurent le financement de tout investissement ? Tous ceux qui y travaillent, ou y assurent au moins des tâches d’encadrement ? Les directeurs des banques et des compagnies d’assurance ? Ceux qui détiennent des actions, ou au moins un gros portefeuille ? L’affirmation n’est en tout cas pas sérieuse. Si « le monde de la finance » peut être désigné comme étant un secteur de l’économie, il ne peut en aucun cas être désigné comme adversaire, à moins d’aimer se battre contre des moulins – littéralement. L’extrait est donc en lui-même révélateur de toute l’hypocrisie à laquelle doit se livrer un candidat majeur à l’élection présidentielle. Il autorise un grand nombre d’interprétations. Mais le discours du Bourget, du moins cet extrait, s’adresse avant tout aux sympathisants de gauche, aux héritiers d’un parti socialiste pourfendant le capitalisme. L’interprétation la plus commune fut que « le monde de la finance » désigne le grand capital et ses propriétaires, les quelques familles qui détiennent l’essentiel des marchés financiers, les multimilliardaires. Cette interprétation est inappropriée, voire mensongère. Car le candidat Hollande a immédiatement après cet extrait apporté une clarification.

« Affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle », « la finance » est l’adversaire déclaré. Mais cette dénomination abstraite oblige à identifier quelqu’un, un responsable, un visage derrière ce « monde ». Aucun visage ne viendra, si ce n’est, sans surprise, celui de Nicolas Sarkozy. « Les plus fortunés » sont bien mentionnés, à une reprise, mais seulement quand Hollande attaque un « quinquennat plombé par des cadeaux fiscaux » à leur endroit. Exit les vrais propriétaires des fonds spéculatifs, l’adversaire est davantage le responsable politique qui a enlevé « toute règle » à « la finance ». Le candidat insiste : « un seul mot résume cette présidence, la dégradation ». Il met donc en balance ce que lui président ferait pour « maîtriser la finance » : « le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives ». La « loi de séparation et de régulation des activités bancaires » a bien été votée sous l’égide du ministre Moscovici en juillet 2013. Hollande au Bourget a annoncé que « les produits financiers toxiques seront purement et simplement interdits » ? La loi prévoit que « les banques pourront suspendre ou interdire des activités dangereuses et la commercialisation de produits toxiques ». Le candidat socialiste n’avait, effectivement, pas précisé à quelle autorité reviendrait le pouvoir d’interdire – et cette autorité, ce sont les banques. Trahison ? Seulement si on s’attachait à une interprétation très singulière des propos tenus au Salon. Une autre interprétation, bien plus crédible au vu à la fois du parcours du candidat, de la formulation exacte de ses engagements et même du discours intégral du Bourget lui-même, était de considérer que « son adversaire » était encore et toujours Sarkozy en tant que celui qui a dérégulé le secteur financier.

Adversaire du monde de la finance en tant que candidat, le président Hollande n’aurait aucun mal à soutenir que c’est dans la continuité de sa ligne politique qu’il a « maîtrisé » les acteurs financiers, soumis à de nouvelles obligations par de nouvelles lois. Ceci effectué dès 2013, et « la reprise » revenant petit à petit, il n’est donc pas paradoxal que l’adversaire qui a accepté les nouvelles règles devienne bientôt un ami de bon conseil. Ni qu’un Emmanuel Macron, banquier d’affaires chez Rothschild, soit nommé ministre de l’Economie un peu plus d’un an après l’adoption de la loi Mosco, en signe d’une amitié nouvelle permise par les efforts des grandes banques. Ni même que la taxe à 75% sur les très hauts revenus disparaisse début 2015, puisqu’il s’agissait depuis le début d’une « contribution exceptionnelle de solidarité », en raison d’une conjoncture dégradée par la présidence Sarkozy.

Le double jeu dangereux des gardiens des promesses

Qu’on ne s’y méprenne pas : loin de nous l’idée de « défendre » le président Hollande. Nous ne faisons que rechercher la vérité en répondant méthodiquement à une problématique donnée. Il est effectivement des engagements du candidat socialiste qui ont été enterrées. C’est en particulier le cas du droit de vote aux élections locales accordé aux résidents étrangers. Cette réforme constitutionnelle, comme l’instauration d’une « part de proportionnelle » dans la représentation nationale, a été franchement abandonnée par le président. Le sujet n’est pas secondaire, ni sociétal comme le brocardent parfois ses opposants, mais profondément politique. Néanmoins, ce n’est pas le cœur de notre sujet ici. Car ceux qui crient le plus à la « trahison » ou au « renoncement », généralement militants du Front de Gauche, d’Europe Ecologie et du Parti Socialiste, le font toujours par rapport à « la ligne économique » du gouvernement. Il est vrai que l’économie est le nerf de la guerre, mais une enquête sérieuse des faits montre que la ligne économique entre le candidat et le président Hollande est restée la même. A quoi jouent donc ceux qui revendiquent l’infidélité politique du chef de l’Etat ?

C’est un mystère auquel eux seuls sont en mesure de répondre. Sans doute constatent-ils qu’après dix ans de droite, et avec des taux de popularité sacrément bas pour l’exécutif, la fenêtre pour « mener une vraie politique de gauche » (sic) se referme. Mais les gardiens autoproclamés des promesses du candidat socialiste ont endossé un costume intenable. Même s’ils ont tapissé leur chambre des discours de campagne pour s’imprégner toujours de cet « esprit perdu », leurs arguments réels tiennent à peau de chagrin. Et en tant qu’hommes politiques sérieux, conséquents dans leur action et leur communication, ils s’exercent clairement à un double jeu dangereux. Fin connaisseurs du système politique, ils en connaissent les rouages et ont parfaitement conscience du décalage logique entre un candidat et un président. Ils s’obstinent malgré tout à nier en avoir connaissance, ce qui relève, à force de répétition, d’une mauvaise foi de même teneur que celle qu’ils imputent au chef de l’Etat. C’est, en tout cas, un étalage de naïveté pour le moins confondant, qui leur porte davantage préjudice qu’aux fidèles du président socialiste. En outre, leur but avoué est une modification de la ligne politique du président, exigeant de lui qu’elle ait lieu « ici et maintenant ». Ils s’époumonent pour que le président « change de cap », ce qu’il ne fera évidemment pas, tant son action a besoin de cohérence jusqu’au bout pour espérer porter ses fruits. Le moindre pékin, le moindre électeur « lambda » – comme aiment à l’appeler les militants – pourrait pondre cette analyse simple et juste. Pourquoi les soi-disant tenants du « hollandisme » originel, qui prétendent même que leur rôle de chevalier blanc a pour but de sauver l’exécutif socialiste lui-même, sont incapables de cette analyse simple et juste ? Elle leur a nécessairement traversé l’esprit. Sans doute espèrent-ils que la girouette Hollande finira par se retourner dans la bonne direction, à force de souffler dessus. Ce qui revient, là aussi, à se battre littéralement contre des moulins à vent.

Le double jeu est dangereux quel que soit celui qui le pratique. Une Cécile Duflot, attirée comme un aimant par la fonction ministérielle jusqu’à l’obtenir, ne peut ignorer qu’elle représente une formation politique dont l’influence dans le pays tient quasi exclusivement aux espaces laissés par le parti socialiste. Un Christian Paul, qui répète à l’envi qu’il veut faire « gagner » la gauche (sic), mise entièrement sur l’échec de Hollande en 2017 au cas où ce dernier n’ « infléchit » pas sa ligne économique – et inversement, toujours selon le raisonnement de Paul, la seule option pour la réélection du président serait d’adopter une ligne qui n’a jamais été la sienne. Un Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste, invite depuis trois ans le chef de l’Etat à « changer de cap », jugeant successivement qu’il «s’est isolé tout seul », qu’il « est en train d’échouer » et qu’il « a tourné le dos à la gauche ». En tant que dirigeant d’une force politique qui s’est depuis sa fondation distinguée des socialistes conciliants avec les élites, son rôle de vigie des promesses du candidat socialiste ne lui sied que piètrement, et le conduit lui aussi à faire preuve d’une forme de naïveté que ne partagent pas la majeure partie de ses militants et électeurs.

Dans chacun des cas, la volonté de mettre l’accent sur « les promesses non tenues » cache mal l’incapacité à se démarquer franchement du chef de l’Etat et de la ligne politique qu’il a toujours eue. Au terme du quinquennat de Hollande, il ne restera de cette posture singulière, forme de critique connotée d’angélisme, qu’un grand vide et une inaptitude à affirmer un projet authentiquement différent pour le pays. Alors que de plus en plus de Français discernent l’hypocrisie inhérente à notre système politique, la tactique des gardiens des promesses socialistes, en plus de traduire une niaiserie certaine et un aveuglement sur le parcours réel du président socialiste, présage d’un entre-soi politicien pouvant confiner au suicide politique.

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